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Le
petit prince: extrait n° 4
Le cinquième jour
Le
cinquième jour, toujours grâce au mouton, ce secret de la vie du petit prince
me fut révélé. Il me demanda avec brusquerie, sans —
Un mouton, s'il
mange les arbustes, il mange aussi les fleurs? —
Un mouton mange
tout ce qu'il rencontre. —
Même les fleurs
qui ont des épines ? —
Oui. Même les
fleurs qui ont des épines. —
Alors les épines,
à quoi servent-elles ? Je
ne le savais pas. J'étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon
trop serré de mon moteur. J'étais très soucieux car ma panne commençait de
m'apparaître comme très grave, et l'eau à boire qui s'épuisait me faisait
craindre le pire. —
Les épines, à quoi servent-elles ? Le
petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu'il l'avait posée.
J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi: —
Les épines, ça
ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs ! —
Oh! Mais
après un silence il me lança, avec une sorte de rancune: —
Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles
se rassurent
comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines... Je ne répondis
rien. A cet instant-là je me disais: « Si ce boulon résiste encore, je le
ferai sauter d'un coup de marteau. » Le petit prince dérangea de nouveau mes
réflexions: —
Et tu
crois, toi, que les fleurs... —
Mais non !
Mais non ! Je ne crois rien ! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi,
de choses sérieuses ! Il
me regarda stupéfait. — De choses sérieuses ! Il
me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché
sur un objet qui lui semblait très laid. — Tu parles comme les grandes personnes Ça
me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta: — Tu confonds tout... tu mélanges tout ! Il était
vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés:
—
Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais
respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile.
Il n'a jamais aimé
personne.
Il n'a jamais rien fait d'autre que des
additions. Et toute
la journée
il répète comme
toi: «
Je suis
un homme
sérieux ! Je suis
un homme
sérieux ! »
et ça
le fait
gonfler d'orgueil.
Mais ce n'est pas
un homme,
c'est un champignon
! —
Un
quoi ? —
Un
champignon ! Le
petit prince
était maintenant tout pâle
de colère. — Il y a des
millions d'années
que les fleurs
fabriquent des
épines. Il
y a des millions d'années
que les
moutons mangent
quand même les
fleurs... Et
ce n'est pas
sérieux de
chercher à
comprendre pourquoi
elles se donnent
tant de
mal pour
se fabriquer
des épines qui
ne servent
jamais à rien
? Ce n'est
pas important la
guerre des
moutons et
des Heurs
? Ce n'est
pas plus sérieux
et plus
important que les additions
d'un gros
Monsieur rouge
? Et si je
connais, moi,
une fleur
unique au monde,
qui n'existe
nulle part, sauf dans
ma planète,
et qu'un petit
mouton peut
anéantir d'un
seul coup,
comme ça, un matin,
sans se
rendre compte
de ce qu'il
fait, ce
n'est pas
important ça ! Il
rougit, puis reprit: — Si quelqu'un aime une
fleur qui
n'existe qu'à
un exemplaire
dans les millions et
les millions
d'étoiles, ça suffit
pour qu'il |